lundi 2 septembre 2019

5 fausses idées sur les personnes introverties



J'ai mis du temps à comprendre que j'étais introvertie. Il y a quelques années, je ne connaissais pas encore vraiment ce mot (ou plutôt ce qu'il signifiait exactement) jusqu'à ce que je tombe sur un article expliquant très concrètement comment une personne introvertie pouvait ressentir et vivre les choses à la différence d'une personne extravertie. Cet article avait été une véritable bouffée d'air frais. Enfin, je comprenais que je n'étais pas trop flemmarde, trop butée ou de mauvaise volonté dans ma manière d'interagir avec autrui ! Non, je suis simplement différente d'une sorte de norme qu'on impose dans beaucoup de milieux (notamment celui du travail où on glorifie les personnes extraverties, aimant attirer en permanence l'attention sur elles au détriment des autres, plus discrètes et effacées) et qu'on valorise souvent. C'est pour ça qu'aujourd'hui j'ai décidé de vous écrire un article sur tous ces préjugés autour de l'introversion. 



Être introvertie, c'est recharger ses batteries autrement : c'est souvent préférer la solitude pour se ressourcer (face au bruit et au monde qui sont épuisants), c'est laisser cours à sa créativité grâce à une certaine autonomie, c'est ne pas avoir besoin de parler en permanence et c'est aussi exprimer ses émotions avec une certaine pudeur et retenue en public (ce qui est différent d'intérioriser -même si les deux peuvent être possibles car les introverti-e-s ont également leurs défauts ;)). 


Fausse idée n°1 - Les personnes introverties sont timides

Les introverti-e-s ayant beaucoup de mal avec le bruit, la foule, les interactions permanentes, on a tendance à confondre leur tempérament avec une sorte de timidité et un manque de confiance en soi. 
Dans mon cas, je ne souffre pas d'un quelconque manque de confiance : je connais mes faiblesses, mes limites mais j'ai aussi parfaitement conscience de mes points forts. Je ne me dévalorise pas, je ne suis pas jalouse ou aigrie des autres et je n'ai pas un quelconque complexe d'infériorité. Je sais ce que je vaux et je crois en moi, ce qui me permet de me sentir à l'aise dans beaucoup de situations et aussi à me fixer beaucoup d'objectifs me semblant possibles si je les évalue au vu de mes capacités. 
Bien sûr, il m'arrive effectivement de ne pas avoir confiance en moi (comme beaucoup d'entre nous, je pense) : quand je suis prise au dépourvu sur certains sujets et que cela me déconcerte, par exemple. Je peux me mettre à rougir et à bafouiller car sur le coup je me sens un peu idiote. Mais, ce sont des situations très particulières et plutôt rares qui me rappellent simplement que je suis humaine et non un robot. 
Par conséquent, je n'ai pas peur de parler en public ni même de tenir une discussion avec autrui. Ce que je n'aime pas, par contre, c'est parler pour ne rien dire : échanger des banalités, discuter sur le temps qu'il fait, etc. Pour moi, c'est un "micro-travail social" qui est absolument épuisant et que je ressens comme une charge, prenant de mon temps et mon énergie.
Par contre, je suis effectivement différente en petit comité car j'ai moins l'impression d'avoir besoin de susciter d'efforts que dans d'autres situations.

Fausse idée n°2 - Les personnes introverties ne s'intéressent pas aux autres

Je suis toujours très étonnée quand j'entends cette affirmation qui, à mes yeux, ne prend pas en compte toutes les subtilités de la personnalité de l'introvertie. Oui, un-e introverti-e écoute plus qu'il ne parle et il ne prend la parole que quand cela lui semble nécessaire et utile, après mûre réflexion (le brouhaha ambiant, très peu pour lui). Mais cela ne l'empêche pas d'observer tout ce qui se passe autour de lui. 
Combien de fois ai-je pu décelé grâce à cela une émotion négative, une gêne, un malaise de la part de mon interlocuteur-trice via son langage corporel (qui nous trahit souvent !) ? Je n'ai jamais autant appris sur les êtres humains qu'en restant légèrement en retrait, en marge du groupe pour observer réellement ce que les gens se disent, les regards qu'ils échangent, les gestes qu'ils ont, leurs mimiques.
C'est un exercice auquel j'aime me prêter quand je rencontre de nouvelles personnes, je parle peu mais j'écoute beaucoup, j'essaie de cerner le mieux possible en posant des questions plus qu'en cherchant à en dire sur moi car je trouve qu'on apprend tellement plus sur autrui en la laissant parler !

Fausse idée n°3 - Les personnes introverties ne sont pas sensibles

Ce point-là rejoint le précédent mais il me semblait important de revenir dessus. Certes, nous faisons preuve d'une certaine pudeur en public, nous ne nous épanchons pas forcément sur toutes nos pensées et notre ressenti mais ce n'est pas pour autant que nous n'avons pas une certaine sensibilité. Bien au contraire. 
Je suis quelqu'un de très empathique (parce que justement, je préfère écouter avant de parler, cela me permet de comprendre qui j'ai en face de moi et de ne pas juger à la hâte) ce qui fait que je peux facilement être émue et je suis sensible à beaucoup de sujets. C'est d'ailleurs pour ça que j'intériorise beaucoup (ce qui n'est pas forcément une bonne chose et plus je grandis, plus j'apprends à communiquer sur ce que je ressens) et que j'ai tendance à prendre pas mal sur moi car j'essaie de comprendre ce que vit l'autre et ne pas empiéter sur ses émotions.
Mais c'est à double tranchant. En laissant tant de place à l'autre qui est plus extravertie, on se laisse dévorer tout son espace vital et émotionnel au point de ne plus être prise en compte et c'est comme ça qu'on peut finir par exploser. Oui, être introvertie n'a pas que des bons côtés (comme pour le tempérament inverse) et cela en fait partie. Je travaille donc sur moi pour apprendre à faire transparaître plus de choses mais ce n'est pas forcément simple, surtout quand d'autres vont prendre plus de places sans avoir forcément le respect nécessaire pour savoir s'effacer. 
Parfois, j'aimerai que les autres apprennent aussi à moins essayer de tirer la couverture sur eux à la moindre petite contrariété et insatisfaction. Vous devinerez aisément qu'il est difficile d'apprendre à communiquer plus souvent quand on ne vous invite pas à le faire et en ne vous laissant pas le temps de prendre vos marques.
Je suis moi aussi capable de m'adapter aux émotions et sensibilités d'autrui, mais j'avoue qu'avec le temps, j'en attends aussi de la part des autres car j'estime que chaque tempérament a à être pris en compte même les personnalités moins conventionnelles (ou valorisées, plutôt).

Fausse idée n°4 - Les personnes introverties n'ont pas d'ami-e-s

Là encore, une autre idée fausse ! Comme nous n'aimons pas forcément le bruit, la foule et être entourés de pleins de gens, on a tendance à penser qu'on souffre de la solitude et que nous n'avons aucune amitié. Je vous rassure : ce n'est pas vrai. 
Au contraire, comme j'ai dit précédemment, nous sommes des personnes qui observons et écoutons beaucoup : les gens ont tendance à apprécier se confier à nous. D'ailleurs comme je l'ai dit, j'aime discuter avec les personnes qui m'entourent, j'évite simplement les bavardages inutiles et qui pour moi n'ont pas trop de sens. Par contre, je ne rechigne jamais à avoir de vraies discussions où les gens peuvent se confier et me raconter ce qu'ils ressentent... et cela peut durer des heures ! Forcément, cela ne peut créer que des liens très forts avec les gens et peut-être que nous ne nous voyons pas souvent (car j'ai vraiment besoin de garder cet espace où je me retrouve avec moi-même) mais quand nous nous retrouvons, nous prenons le temps de parler, de raconter ce qu'il se passe dans nos vies, d'échanger, etc. Ce ne sont clairement pas des relations superficielles, ce sont justement des amitiés très fortes et sincères car il faut vraiment prendre du temps pour l'autre et je pense avoir énormément de chance à ce niveau-là.
Par contre, j'admets ne pas avoir de groupe d'ami-e-s car je fuis ce genre de modèle d'amitiés qui ne me correspond pas. 

Fausse idée n°5 - Les personnes introverties ne font pas grand chose de leur temps libre

Dans l'inconscient collectif, se retrouver seule = ne rien pouvoir faire. Je dois vous avouer que quand j'entends ça, je ne peux m'empêcher de me sentir un peu triste pour les personnes qui pensent ainsi. Plus je grandis et plus je suis heureuse de réaliser que je me satisfais de ma propre présence. Je vous rassure, j'adore mon petit ami et on fait pleins de choses ensemble et rien ne me fait plus plaisir que de voir ma famille ainsi que mes ami-e-s ! Mais je considère ces moments où je fais des choses seule comme du self care : je prends du temps pour moi et moi seule. 
Comme je l'ai dit plus haut, c'est aussi une manière de recharger les batteries. Je suis clairement plus créative quand j'ai ces moments de calme et de répit. Cela me permet de faire tellement de choses car mes capacités sont à leur maximum ! Je pense que si je n'avais pas un tel tempérament je ne pourrai pas autant écrire, lire, faire des vidéos, gérer mes 2 comptes Instagram, faire du sport, etc. Mon planning est souvent bien rempli car je m'octroie tout ce temps libre pour moi et mes passe-temps ! 
Quand on est plus jeune, il y a une sorte de pression à devoir toujours faire les choses en groupe (ou au moins avec sa meilleure copine), sinon cela signifie qu'on n'est pas assez cool. Quel bonheur de mûrir, de devenir adulte et de se rendre compte que ce genre de diktats idiots n'est pas obligé de nous suivre toute notre vie ! J'aime faire du shopping seule, boire un verre en terrasse seule, aller au cinéma seule, me faire un restau le midi seule,... Et j'aime ces petits regards entendus quand je croise d'autres gens faisant exactement la même chose que moi : on sait qu'on vit notre petit moment à nous en toute tranquillité. 
Oui, nous avons fréquemment besoin de tranquillité, de calme. Ces moments de pause nous font du bien. Mais cela montre surtout que nous savons vivre avec "nous-mêmes", si vous voyez ce que je veux dire. On a le droit de ne pas aimer la solitude mais il y a aussi énormément de personnes qui ne supportent pas d'être seules, qui préfèrent copiner et faire semblant d'apprécier autrui si cela leur permet d'avoir l'impression qu'il y a une présence. Ces personnes ont tendance à me rendre triste car cela cache un profond mal-être : celui de ne pas réussir à s'apprécier. Quand on préfère être seule que mal accompagnée, on cache souvent un gros manque de confiance en soi.

Maintenant que j'ai pu vous partager mon point de vue sur ce trait de personnalité parfois mal compris ou dévalorisé, voici 5 conseils quand on côtoie une personne introvertie (ce n'est pas forcément une science exacte car j'ai beaucoup puisé dans mes expériences personnelles mais cela reste une bonne manière de ne pas tout mal interpréter) :

- Prendre ses remarques pour argent comptant : comme je l'ai dit, je suis assez pudique sur mes émotions et ce que je ressens. Cependant, je préfère privilégier la qualité à la quantité. Pas de blablas inutiles, je ne tourne pas autour du pot et je ne tergiverse pas mille ans. Si je dis "oui", c'est oui, si je dis "non", c'est non, si je dis "pas grave", c'est que ce n'est pas grave, si je dis "okay", c'est okay, si je dis "je m'en fiche", c'est ce que je m'en fiche, si je dis "peu importe", c'est que peu m'importe, si je dis "ça ne me dérange pas", c'est que ça ne me dérange pas. Si je change d'avis, je le dirai. Si j'ai un souci et que je décide d'en parler, je le ferai quand serai prête. Pas besoin de tout surinterpréter, de voir des mauvaises intentions là où il y en n'a pas, je laisse les messages codés aux personne qui n'ont pas confiance en elles et qui préfèrent esquiver la moindre confrontation pour parler derrière le dos des autres. Je trouve cette manière de communiquer bien plus saine : en disant simplement les informations utiles sans fioriture, on comprend où je veux en venir, ce que j'approuve ou ce qui me déplaît. Et c'est bien plus clair ainsi. 
- Ne pas la forcer à "s'intégrer" : une personne introvertie n'a pas du tout le même conception de ce qu'est de "s'intégrer" et c'est malheureusement très courant de voir les gens essayer de vous imposer leur manière d'être (et je ne leur en veux pas) mais cela peut vite devenir pénible. Ce n'est pas faire preuve de mauvaise volonté que de rester en retrait, c'est surtout se sentir plus libre ainsi puisqu'on vit moins la pression du groupe en permanence (et je ne supporte pas les comportements grégaires). Je ne suis pas timide, je me sens simplement plus à l'aise en ayant un pied à l'extérieur du groupe et je me sens suffisamment "intégrée" ainsi. 
- Faire preuve de respect sur son train de vie : certaines personnes qui sont très heureuses et se sentent rassurées à l'idée d'avoir du monde en permanence autour d'elles, ont souvent besoin de faire des petites remarques passives-agressives quand on explique avoir fait telle ou telle activité seule (sans même prendre le temps de savoir si c'était volontaire ou non, si on a apprécié, etc). Comme je l'ai dit plus haut, je me garde bien de faire remarquer à certains qu'ils/elles ont l'air d'avoir une peur bleue du silence et d'être confronté-e-s à leurs propres pensées (m'entendront-ils avec tout ce bruit ambiance qu'ils s'imposent de toute manière ? mystère...), j'attends donc qu'on ne porte pas spécialement de jugements sur un train de vie qu'on ne comprend pas forcément.  
- Comprendre ses limites : quand on explique qu'on "recharge nos batteries" grâce au silence et à la tranquillité, c'est sérieux. Si on refuse une sortie, qu'on préfère vous voir 2-3 jours après un gros événement auquel on aura dû aller, etc. Ce n'est pas de l'impolitesse ni de l'égoïsme : au contraire, on préfère être là pour vous à 200% plutôt que fatigué-e, de mauvaise humeur, etc. :)
- Privilégier les mêmes "canaux" de communication : notre environnement étant déjà assez bruyant et valorisant les comportements extravertis, il peut être appréciable d'essayer de tendre la main aux personnes introverties en comprenant leur fonctionnement, en le respectant et en essayant à son tour de s'adapter. Préférer l'écriture aux coups de fil, comprendre que ne pas se voir régulièrement ne veut pas dire que vous ne comptez pas, etc. 

J'espère que vous comprendrez cet article 
et que certain-e-s introverti-e-s s'y retrouveront ! 

2 commentaires

  1. Coucou,
    Très bon article, je m'y retrouve beaucoup. J'ai la chance d'avoir à présent des ami-e-s qui comprennent que je puisse avoir besoin de pauses, de ne pas être toujours avec elleux, sans que ça ne veuille dire que je ne les apprécie plus. C'est vraiment reposant...
    J'ai beaucoup de mal avec certaines personnes extraverties par contre, qui ne savent pas ou ne veulent pas laisser de la place aux autres. Quand je prends le temps de l'expliquer, ils me répondent que, en gros, c'est la loi du plus fort, je n'ai qu'à faire comme eux, parler plus fort, couper la parole. Bin... Non. Désolée, je ne fonctionne pas comme ça, je n'aime pas couper la parole aux gens, ignorer quelqu'un quand il parle pour pouvoir dire ce que moi je veux dire.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je te rejoins beaucoup sur ton deuxième paragraphe (le premier bien sûr) mais le second retentit beaucoup en moi ! Je ne suis pas du tout en phase avec cette façon de voir les choses

      Supprimer

Merci beaucoup d'avoir pris le temps de me laisser un commentaire !

Instagram